Aux portes de Bilbao, la splendeur retrouvée du Palacio Arriluce

aux portes de bilbao, la splendeur retrouvée du palacio arriluce

A moins de vingt minutes du centre-ville de Bilbao et du Guggenheim conçu par Franck Gehry, Getxo, retraite privilégiée de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie espagnoles au début du XXe siècle, garde les vestiges de sa splendeur passée. Dans cette villégiature, des « maisons-palais » ont été édifiées en nombre pour les familles considérées alors comme les plus riches du pays, à l’instar du Palacio Arriluce, une demeure néo-gothique transformée en palace à la fin 2023 après trois années de travaux.

L’endroit, rénové dans le respect de son architecture première aux allures de château médiéval, vient d’ailleurs tout juste d’être classé par le magazine Forbes parmi les 20 hôtels du monde à visiter au moins une fois dans sa vie. Il est aussi membre de The Leading Hotels of the World et compte parmi les lieux sélectionnés dans l’ouvrage autour du design et des architectures remarquables que le label a publié en décembre dernier aux éditions Monacelli.

Construit par l’architecte basque Jose Luis Oriol en 1912 pour le marquis de Arriluce, l’imposant monument en pierres de taille, flanqué de deux tours asymétriques, a joué un rôle de précurseur, servi de déclencheur : au cours des Années folles, à ce tout premier palais bâti sur les hauteurs de Getxo, dans le quartier Neguri, resté le plus chic de la commune littorale, s’en sont ajoutés d’autres, plus somptueux les uns que les autres. Au fil des décennies, ils ont fait de l’enclave au relief escarpé, surplombant l’estuaire de Nervion, qui se jette dans la mer Cantabrique, un pôle d’attraction pour les personnalités du monde des affaires et de la politique originaires de la région. Oriol, lui-même, qui, en parallèle de son activité d’architecte, fit fortune dans l’industrie électrique et fut un temps député, y a construit, en 1916, le palais San Joseren pour abriter les siens.

Vue sur l'estuaire de Nervion, qui se jette dans la mer Cabntabrique, depuis la piscine de l'hôtel.
Vue sur l’estuaire de Nervion, qui se jette dans la mer Cabntabrique, depuis la piscine de l’hôtel.

La fastueuse bourgeoisie d’antan

Aujourd’hui, même remis à neuf, le Palacio Arriluce incarne toujours l’esprit de cette fastueuse bourgeoisie d’antan en quête de flamboyance et d’avant-garde. Dans le jardin principal, un vaste terrain de croquet se déploie, venant rappeler l’attachement qu’elle vouait alors à la culture britannique. A l’intérieur du cinq étoiles, les 49 chambres et suites, dont certaines situées dans l’ancienne pergola et la plus grande, occupant les appartements privés de la marquise, ont conservé les marqueteries, les vitraux et quelques pièces de robinetterie d’origine, auxquels se sont ajoutés des luminaires d’inspiration Bauhaus et des tapis aux motifs géométriques en vogue dans les années 1920. L’autel de la chapelle (déconsacrée), qui fait désormais office de bar à cocktail, rend hommage à Kupka, l’un des pionniers de l’abstraction au côté de Kandinsky.

Le Palacio est ainsi un véritable petit musée, parsemé d’œuvres d’artistes qui fréquentaient les lieux, comme celles de Vasarely, le père de l’art optique, ou de Sonia Delaunay, amie du marquis de Arriluce, qui a donné son nom à la table gastronomique du palace. Des pièces plus contemporaines, tels que les gravures d’Eduardo Chilida ou la sculpture façonnée pour l’hôtel par Diego Canogar, s’immiscent dans le décor. A deux pas, témoin ancestral d’un passé ressuscité, veille le plus grand pont transbordeur au monde, celui de Biscaye, reliant Getxo à Portugalete, qui compte parmi les constructions métalliques spectaculaires de la Révolution industrielle.

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