Présidentielle : Edouard Philippe, ce qu’il veut faire de sa victoire au Havre

présidentielle : edouard philippe, ce qu'il veut faire de sa victoire au havre

Alcool et migraine : la dernière fois, Edouard Philippe eut une gueule de bois telle que la face du monde faillit en être changée. La face de la France, en tout cas. Le 28 juin 2020, il fête sa réélection au Havre sans modération et jusqu’au petit matin. On n’est pas sérieux quand on est Premier ministre. Le lundi matin, il apparaît les traits tendus, la mine pâle, dans les jardins de l’Elysée, où il écoute Emmanuel Macron s’exprimer devant la convention citoyenne pour le climat. Son air brumeux alimente les spéculations : le président lui aurait-il indiqué la voie de la sortie de Matignon ? Non, ce sera seulement le cas quelques jours plus tard.

22 mars 2026, six ans ont passé, Edouard Philippe peut encore avoir des maux de tête. Le voici vainqueur, un peu moins de 48 % en triangulaire au second tour, et le poids de l’histoire vient de s’abattre sur lui. On est sérieux quand on est candidat à l’élection présidentielle. Et pas n’importe quelle élection présidentielle : l’ombre d’un face-à-face entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon plane, qui effraie des millions d’électeurs. « Plus les rives du canyon sont élevées, plus la pression sera forte au centre », confiait-il en janvier, avant d’ajouter en souriant : « La pression, je ne la subis pas, je la bois » (décidément !).

Edouard Philippe largement réélu au Havre.
Edouard Philippe largement réélu au Havre.

Certains attendaient sa mise en bière politique, ils devront patienter. « On le disait mort, finalement il est vivant, se réjouit un fidèle. Ces municipales ferment une parenthèse de six ans. C’est un petit miracle politique : éloigné des Français et des responsabilités pendant toute cette période, il s’est maintenu. Le score du Havre va être un trésor pour la suite. » Edouard Philippe n’a pas seulement remporté son élection, il a gagné son objectif : arriver lancé à la présidentielle. « Très souvent, les hommes politiques eux-mêmes sous-estiment ce que ça signifie de se remettre en campagne », remarquait-il en remettant le pied dans l’arène.

Au cours des dernières semaines, et malgré sa discrétion nationale, il a voulu, au-delà de la Normandie, envoyer deux messages : il est homme de parole, la cohérence est son dada. Puisque son parti, Horizons, s’est engagé à soutenir Christian Estrosi à Nice, il l’a fait jusqu’au bout, même quand Bruno Retailleau a voulu envoyer promener non pas les Anglais, mais le candidat officiellement poussé par LR, Christian Estrosi, tant il était en perdition. Puisque Horizons s’était engagé à soutenir le LR Jean-Philippe Vetter à Strasbourg, le parti s’est désolidarisé du candidat local Pierre Jakubowicz qui a rallié Catherine Trautmann – alors que l’ancienne ministre rocardienne aurait eu toute sa place dans l’arc allant de « la droite conservatrice à la gauche sociale-démocrate » que l’ancien Premier ministre appelle de ses vœux.

Edouard Philippe a même enregistré jeudi une vidéo pour soutenir à Paris Rachida Dati – ce qui a estomaqué jusqu’à ses intimes, vu l’absolue détestation que le premier ressent pour la seconde (et réciproquement). Mais voilà : au moment où François Fillon puis David Lisnard s’affichent avec Eric Ciotti, au moment où Nicolas Sarkozy déjeune avec Jordan Bardella – « la poutre travaille », copyright -, être le candidat de la droite et du centre suppose quelques efforts… En novembre dernier, il avait revu en tête-à-tête Laurent Wauquiez, ce qui ne lui était pas arrivé depuis 2008.

Enfin les difficultés commencent. La formule qui vient de la gauche (le député de la SFIO, Alexandre Bracke-Desrousseaux, en 1936) ne connaît pas de frontière. Maintenant commence une nouvelle phase. « On va entrer en primaire implicite », prévient un proche. « Il a un magistère évident sur le pôle qui est le sien, veut croire un ami. Il a pris son risque, les autres ne l’ont pas fait. La pression (toujours elle) sera forte pour ceux qui voudront tenter un coup ou prendre date. »

Le 12 avril, Edouard Philippe sera le premier responsable politique – et cela l’amuse – à s’exprimer dans l’Adidas Arena dans le XVIIIe arrondissement de Paris (comme l’a indiqué Le Parisien). Surprendre : ce n’est pas exactement le genre de la maison, c’est pourtant l’un des défis qui l’attend. Il espère ensuite imaginer une nouvelle forme de rencontres avec les Français, pour évaluer ses idées et développer le sillon dont il veut faire sa marque de fabrique : être le maire candidat, celui qui prend le pouls du pays au plus près de sa vérité, dans un souci de proximité plus que de com’ – « la nuit de la République » à la Attal, très peu pour lui. Plusieurs formats ont été soumis à son arbitrage. Ses conseillers vont aussi commencer à tester auprès de certains écosystèmes, ONG environnementales, monde du numérique, milieu de l’énergie, les idées du futur candidat.

« Si par extraordinaire – je ne suis pas le favori, ce n’est pas moi le favori -, si par extraordinaire, en 2027 j’étais élu président de la République… », disait-il mercredi 18 mars pendant le débat de l’entre-deux tours sur France 3 Normandie. Il a promis du « massif » sur le fond, il a donc placé la barre haut, suscité une attente qu’il s’agit de ne pas décevoir. Un temps, il s’est interrogé : fallait-il sortir du bois avant l’été ? Il ne veut surtout pas se tromper de rythme, la question du timing l’a toujours obsédé. Traîner n’est plus une option, accélérer ne peut pas être une fuite en avant. « Il court un marathon depuis 2020, constate un ami. Quand tu accélères, tu ne dois pas te planter. La cloche n’a pas sonné. » La cloche, non, le coup de sifflet qui donne le coup d’envoi, oui.

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