Partir à l’étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd’hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l’Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l’exportation d’une éducation nationale au savoir-faire reconnu n’est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : « Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »
Dans le marché très concurrentiel de l’enseignement supérieur, il est des établissements publics de plus en plus souvent perçus comme une alternative de qualité aux coûteuses écoles de management privées : les Instituts d’administration des entreprises (IAE). Rattachés à des universités, ils proposent depuis 1955 des formations en gestion et management adossées à la recherche. Rebaptisés « écoles universitaires de management » en 2014, les 38 IAE répartis sur tout le territoire ont notamment en commun avec les HEC, EDHEC et autre EM Lyon, de proposer des diplômes professionnalisants, reconnus par l’Etat, mais aussi le souci de s’ouvrir et de coopérer à l’international.
Une dizaine de programmes délocalisés à travers le monde
L’IAE Paris-Sorbonne, ou Sorbonne Business school pour les anglophones, est l’un de ces établissements publics. Associé à l’université Panthéon-Sorbonne, il compte aujourd’hui 2 700 étudiants et étudiantes, en formation initiale mais aussi, surtout, en formation continue (ou « executive »). Il revendique une dizaine de « programmes délocalisés » dans le monde, lesquels accueillent 750 étudiants attirés par l’enseignement supérieur français, et la marque « Sorbonne ». La plus grosse de ces implantations se situe au Vietnam d’où revient le directeur de l’IAE de Paris, Eric Lamarque : « Notre investissement à l’international a plus de trente ans puisque notre premier partenariat avec un établissement étranger, University of International Business and Economics, à Pékin, date de 1992 – un partenariat qui existe toujours. Et depuis, nous, organisme public, sans accréditation internationale, sommes de plus en plus sollicités par des universités étrangères : notre seule limite se résume à notre budget RH ».
15 professeurs de l’IAE s’expatrient chaque année
Ce sont ces mêmes institutions qui prérecrutent des étudiants sur place puis l’IAE valide (ou recale) leurs dossiers. Tout comme elle y envoie chaque année, une quinzaine de ses 40 professeurs pour une durée de six à huit semaines afin d’assurer 60 % à 70 % des cours – le reste étant dispensé par des professeurs locaux. Sachant que l’IAE de Paris ne possède pas de locaux à l’étranger, mais utilise les salles de cours et les bureaux que mettent à disposition ses partenaires. « Nous les choisissons selon plusieurs critères, poursuit Eric Lamarque. Quand nous mettons en place un double diplôme nous privilégions les établissements publics. Je ne consulte pas vraiment les classements internationaux, je préfère regarder où travaillent les anciens élèves de l’établissement qui nous sollicite : sont-ils dans les instances dirigeantes du pays ou ses grandes entreprises ? Quand il s’agit plus simplement de délivrer notre diplôme dans un autre pays, nous nous appuyons sur des cabinets de consultants ou de marketing locaux, qui ont une forte capacité à recruter des candidats sérieux ».
Parmi les diplômes qui marchent bien à l’étranger, Eric Lamarque cite notamment son master en finance, déjà proposé en Inde et à l’Ile Maurice, et bientôt au Maroc et au Pérou. Mais cette politique à l’international contribue aussi à attirer de plus en plus d’étudiants français et étrangers dans l’Hexagone : ainsi, alors que la plateforme nationale de préinscription Mon Master, a fermé il y a un mois, l’IAE de Paris Sorbonne a enregistré une hausse des candidatures de plus de 30 %, pour la deuxième année consécutive. Soit 10 000 dossiers d’étudiants pour… 300 places en master.



