Partir à l’étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd’hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l’Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l’exportation d’une éducation nationale au savoir-faire reconnu n’est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : « Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »
Alban Ferrieu est non seulement un homme pressé, mais aussi un passionné, toujours prêt à défendre les bienfaits du multiculturalisme. A peine sorti d’une séance d’audition au Sénat sur la réforme de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), le voilà, déjà, sur le départ. Direction l’Ecole française internationale de Casablanca où, devant un auditoire d’élèves et de parents, il va présenter les différentes options pour rejoindre une université étrangère. Cet infatigable globe-trotteur, qui a fini par poser ses valises à Rennes après douze ans passés à Toronto, Londres et Singapour en tant que conseiller d’orientation, est ce qu’on appelle un « placeur » d’étudiants à l’international.
Des centaines d’étudiants accompagnés
Son terrain de jeu : Stanford, Yale, Harvard aux Etats-Unis mais aussi McGill, HEC Montréal et Concordia University au Canada, Cambridge en Angleterre, Bocconi en Italie… Des dizaines d’écoles, partout dans le monde, où il a ses entrées grâce à un réseau de responsables d’admission développé au fil de ses années d’expérience. Il y a fait accepter des centaines de Français, d’abord dans le cadre de missions à titre privé puis par le biais d’Anywhere Uni, l’entreprise qu’il a créée en 2023. Aujourd’hui, il gère, avec trois conseillères, les dossiers de 100 lycéens prêts à intégrer le supérieur. « Il y a une demande grandissante pour les Bachelors internationaux et nous les accompagnons », résume-t-il. Parmi eux, d’excellents élèves souvent issus de familles d’expatriés, bilingues, destinés à rejoindre les meilleurs établissements. Mais pas seulement. Des profils plus classiques, parfois en difficulté dans certaines matières ou désireux de zapper Parcoursup, ont aussi une chance de décrocher leur place. »Nous venons de lancer pour eux une offre spécifique : l’idée n’est pas de les envoyer dans des universités ultra-prestigieuses mais de leur assurer une admission. La mobilité reste un accélérateur de vie, chacun doit pouvoir y prétendre », revendique ce père de trois enfants, tous nés à l’étranger.
Sa satisfaction : voir ses élèves s’épanouir ailleurs
Les tarifs d’Anywhere Uni varient selon les écoles visées, la durée de l’accompagnement et la personnalisation de la prestation. Ils débutent autour de 5 000 euros pour un élève de terminale, se réveillant un peu tard dans l’année scolaire et visant une université standard. Ils grimpent jusqu’à 18 000 euros pour l’offre Premium, réservée à un petit nombre de lycéens brillants, prêts à s’investir à 100 % pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Jacques Roger, 19 ans, s’est astreint à cette discipline de fer. Après une scolarité classique à Boulogne-Billancourt, il a intégré Harvard en septembre dernier. « J’ai commencé les démarches en Première. Anywhere Uni m’a aidé à y voir clair dans mes choix, à respecter les calendriers des plateformes d’inscription, à passer les tests d’anglais et à peaufiner mes lettres », explique, depuis la région de Boston, le jeune homme.
Une belle reconnaissance pour Alban Ferrieu, fier de voir ses élèves s’épanouir, et un petit goût de revanche. Ce breton d’origine, ex-étudiant en psycho à la Catho d’Angers, n’est jamais parti en échange. Il a eu son premier passeport à… 21 ans.



